Plein feu sur les collections

Armand Hutereau comme ethnomusicologue

Au cours de l'expédition entreprise entre 1911 et 1913 pour le Musée du Congo belge, Armand Hutereau (1875-1914) a rassemblé un nombre impressionnant d’instruments de musique. Il a également réalisé des enregistrements musicaux et fixé sur la pellicule des manifestations de danse et de musique. Bien que Hutereau ne fût pas un ethnomusicologue professionnel, son esprit ouvert, son approche pragmatique et son sens de la documentation précise ont permis de constituer un trésor d'informations et d'objets.

Le Musée royal de l’Afrique centrale possède au total 642 instruments de musique qui ont été rassemblés par Hutereau. Certains constituent des témoins matériels de traditions séculaires. D'autres sont un témoignage de l'habileté du sculpteur et du facteur d'instruments qui se sont adaptés au goût des Européens et de leur préférence pour les objets d'art décorés. En témoignent les cornes joliment décorées et les harpes à console en ivoire en provenance des Mangbetu.

Hutereau a réalisé 254 rouleaux en cire avec des enregistrements sonores de la région d'Ubangi et d'Uele. Ces rouleaux en cire ont récemment été numérisés dans le Musée ethnologique de Berlin. Il fut aussi un des premiers à fixer sur film nitrate des images en mouvement de la population indigène. Le compagnon de voyage de Hutereau, Vandenbrouck, a monté ces images pour former au total 80 fragments qui sont conservés aujourd'hui sous forme de bobines cinématographiques en noir et blanc.

Ces films montrent des scènes de la vie quotidienne. Nous voyons des hommes en train de confectionner une corde ou qui participent à des jeux, des femmes en train de pétrir la pâte ou de cuisiner, des troupeaux d'éléphants qui s’approchent db’un village, un canoë qui accoste et des familles qui vont à l'église. Un Européen parcourt le pays accompagné d'un groupe important de porteurs. Chaque bobine de film contient des fragments où l'on voit jouer de la musique. Devant l'objectif de Hutereau, un homme joue sur un tambour à fente et un danseur est accompagné par un xylophone. Un chef danse sur un chant rythmique et nous voyons des femmes qui dansent dans de longues robes. Une fanfare militaire en marche fait clairement transparaître l'influence européenne.

Ignace De Keyser
Couttenier, M. 2005. Congo tentoongesteld. Een geschiedenis van de Belgische antropologie en het museum van Tervuren (1882-1925). Leuven/ Voorburg : Acco.

De Keyser, I. 2007. ‘Les collectionneurs belges à la fin du XIXe siècle’, Musique-Images-Instuments. Revue française d’organologie et d’iconographie musicale 9, Paris: CNRS, pp. 74-101.

Engels, A. 1952. ‘Hutereau’, Belgische Koloniale Bibliografie 3, Brussel: Koninklijk Belgisch Koloniaal Instituut, pp. 461-463.