Or rouge depuis des siècles

Des recherches archéologiques retracent 1000 ans de production de cuivre au Congo-Brazzaville

On parle beaucoup de l’exploitation du cuivre en Afrique centrale actuellement, mais on connait encore peu l’histoire de la production du cuivre au cours du dernier millénaire. Dans l’extrême sud du Congo-Brazzaville, l’archéologue Nicolas Nikis a découvert que l’extraction et la production de l’or rouge ont débuté il y a 1000 ans au moins.

 

 

Au Xe siècle déjà

Nicolas Nikis a consacré sa thèse de doctorat à l’histoire de la production du cuivre dans le bassin du Niari, près de la frontière de la RDC.

« Des sources historiques font mention d’extraction du cuivre dès le XVIe siècle ; grâce aux fouilles on sait désormais que l’on extrayait déjà ce métal au moins depuis le Xe siècle dans certaines zones », affirme Nicolas.

 

Groupes locaux et exploitation commerciale

En savoir plus sur la production de cuivre, c’est également en connaître davantage sur lespopulations de la région à travers l’histoire. Nicolas a identifié différents types de production du cuivre qui se sont succédé tout au long du dernier millénaire, chacun de ces ensembles se situant dans des limites de temps bien précises. L’exploitation est également le fait de différents groupes d’artisans et leur présence reflète des contextes socio-économiques distincts.

Entre le XIIIe et le XVe siècle, par exemple, c’est la population locale qui était active dans les mines. Le cuivre était un élément important dans l’économie de ces sociétés, qui produisaient par exemple des barrettes de cuivre qu’elles utilisaient comme monnaie d’échange. Du XVe au XVIIe siècle, en revanche, des groupes de l’extérieur se sont vraisemblablement installés temporairement dans la région minière pour exploiter l’or rouge à des fins commerciales.

 

Un travail de terrain archéologique et interdisciplinaire

Nicolas Nikis a effectué plusieurs campagnes de fouilles pour cette étude. « Une des découvertes les plus impressionnantes que j’aie faites sur le terrain », nous confie-t-il, « a été celle d’un fourneau intact qui, bien plus que les résidus, livre un regard direct sur les techniques de production de ce métal ».

Nicolas a également découvert des objets de cuivre et les a comparés aux collections de référence du MRAC : « Les nouvelles connaissances ont permis de mieux dater et contextualiser des objets de cuivre collectés lors de fouilles dans les années 1950.

La collaboration avec les archéologues du MRAC a été fructueuse pour ma recherche. J’ai eu en outre l’occasion de profiter de collaborations interdisciplinaires, avec Thierry De Putter par exemple, géologue du MRAC, afin de parvenir à une meilleure compréhension des processus de fabrication du cuivre ».

 

Mines de cuivre et pouvoir politique

Le travail de Nicolas dégage également de nouvelles pistes de recherche : quel lien existe-t-il entre les mines de cuivre et les pouvoirs politiques de la région ? De futures études tenteront de déterminer si le contrôle des réseaux commerciaux n’a pas joué un rôle plus important que le contrôle direct des mines. 

 

Nicolas Nikis et ses collègues durant les fouilles effectuées dans la région de Mindouli
© P. de Maret 2013

 

Des barrettes de cuivre utilisées comme monnaie d’échange

 

 

Nicolas Nikis a obtenu en septembre 2018 son doctorat à l’ULB, grâce au soutien du FNRS, du MRAC et du projet EACoM de BELSPO.